mercredi 1 juin 2016

Le dernier hommage à " P'tit Louis "


Les obsèques de Louis Planchard, dit « P'tit Louis », décédé à 98 ans, ont eu lieu hier matin à la cathédrale de Tours. Un hommage solennel pour cet ancien résistant au destin hors du commun.

Pour l'accompagner vers son dernier voyage, quarante porte-drapeaux entouraient son cercueil recouvert du drapeau tricolore. Cent cinquante anciens combattants étaient présents autour de sa famille et de ses proches.

Louis Planchard s'est distingué pendant la Seconde Guerre mondiale par sa bravoure et son tempérament, multipliant les attaques contre les Allemands. Ce qui lui avait valu l'autre sobriquet de « Trompe-la-mort ».

Il survécut à ses multiples blessures (notamment quand il sauta avec son cheval sur une mine), il résista à la torture que lui fit subir la gestapo et s'engagea jusqu'à la fin de la guerre, sans relâche, contre l'ennemi.

Pour avoir sauvé trois soldats américains qui avaient été faits prisonniers dans une ferme des Vosges, en octobre 1944, l'état-major de l'armée américaine lui a décerné la Silver Star.

Quelques semaines auparavant, le 1er septembre 1944, lui, le lieutenant Planchard, fit décrocher le drapeau nazi qui flottait sur le toit de l'hôtel de ville de Tours. Il demanda à ses deux cents « gars » du Corps franc d'Indre-et-Loire de piétiner l'étendard.

« P'tit Louis » rejoignit ensuite la 3e Armée du général de Lattre de Tassigny dont il devint l'aide de camp. Engagé en Indochine, il quitta l'armée en 1956. Par la suite, cavalier émérite de l'équipe de France d'équitation, il consacra une grande partie de sa vie aux chevaux.

 « Ému et fier », le maire de Tours, Serge Babary, a souligné hier les qualités de cet homme « à la vie exceptionnelle marquée par son engagement pour son pays […] Tours veut honorer à travers Louis tous ceux qui ont souffert, qui ont donné leur vie, pour rendre à notre ville, à notre pays, la liberté ».

Le premier magistrat de la ville, accompagné au premier rang de la députée Claude Greff et de son premier adjoint, Jacques Chevtchenko, concluait : « En ce jour, nous saluons un héros et, au nom de notre ville, nous lui disons : " Merci ! " P'tit Louis, sache que nous ne t'oublierons pas. »

Le Corps franc d'Indre-et-Loire

Avec l'hommage rendu à Louis Planchard, hier, à Tours, c'est l'occasion de se souvenir des exploits de ce Corps franc d'Indre-et-Loire auquel il appartenait, formé le 25 septembre 1944, de 212 Tourangeaux issus de compagnies de maquisards urbains : la compagnie Lorraine du capitaine Gilles, le Corps franc Lombard et des éléments de Saint-Symphorien.

Alors que les « grandes » formations comme le groupement d'Épernon, les maquis Césario et Conty-Freslon (dont provenait d'ailleurs la compagnie Planchard), réunis dans le 32e régiment d'infanterie reconstitué, partaient se battre sur le front de l'Ouest (poche de Saint-Nazaire), le Corps franc d'Indre-et-Loire prendra, lui, la direction de l'Allemagne.

Premiers combats dans les Vosges (et les premiers tués) puis, début novembre 1944, il est rattaché au 20e Bataillon de chasseurs alpins du lieutenant-colonel Vigan-Braquet.

Des Tourangeaux chasseurs alpins, qui l'eût cru ? Libérations de Belfort, de Colmar et, à Lauterbourg, à la frontière allemande, le Corps franc reçoit son drapeau, obtenu grâce à une souscription ouverte dans la population tourangelle.

Le CFIL franchira le Rhin et continuera son épopée jusqu'aux Alpes bavaroises et à la jonction avec l'armée américaine à San-Anton (Autriche).

Il comptera dans ses rangs 36 tués et 83 blessés…

mardi 31 mai 2016

A 98 ans, P'tit Louis ce héros, a baissé pavillon


LA NOUVELLE REPUBLIQUE
27/05/2016 05:38

Mieux qu'un documentaire télé, plus fort qu'une leçon d'histoire, plus intense qu'une immersion en 3D… Il faut entendre Jacky Planchard parler de son père, Louis, mort hier dans sa 98e année. Un être hors du commun qu'aucune balle n'a fait plier, qu'aucune blessure n'a durablement freiné, qu'aucune humiliation n'a longtemps meurtri, même quand la gestapo lui fera subir les pires outrages après lui avoir cassé la mâchoire. Il faut dire que celui qui mérita cent fois le surnom de « Trompe-la-mort » a multiplié les attaques contre les Allemands, fut blessé au bras par une grenade, avant d'être percuté en side-car par une ambulance : double fracture du bassin et fracture ouverte de la jambe gauche. Un an d'hospitalisation.

C'est pourtant Louis Planchard, le 1er septembre 1944, à la tête du Corps franc de Touraine, qui décroche le drapeau nazi qui flotte sur la mairie de Tours et le piétine avec rage. Un geste qui restera gravé dans les annales mais qui est loin d'être le seul fait d'arme de cet intrépide monsieur de 1,72 m, qui fut un véritable poison pour l'ennemi. « Il n'était pas grand mais fallait pas le chercher. Mon père c'était tout à la fois : un homme courageux, intrépide, roublard, maquignon. Il a tué des Allemands, sauvé des juifs. Il n'avait peur de rien et ne pouvait jamais rester en place D'ailleurs à la fin de la guerre, ne tenant pas en place, il est parti combattre en en Indochine. Il m'a élevé à la dure mais aujourd'hui je suis très triste. On a partagé une foule de moments ensemble. »


Quand les armes furent enfin rangées, ce remarquable cavalier, qui fit partie de l'équipe de France d'équitation, consacra une grande partie de sa vie aux chevaux. Une passion transmise à son fils, comme le goût de l'effort et du défi (Ndlr : Patrick Planchard a été gardien de but du PSG en 1973 et 1974). « En l'espace de quelques jours, grimace Jacky Planchard, Tours a perdu trois de ses plus grands résistants, P'tit Louis Bouisson, Jacques Bizioux et mon père. »


Un hommage solennel sera rendu à Louis Planchard, mardi prochain à 10 h 30 en la cathédrale de Tours, en présence de 150 porte-drapeaux. Jacky Planchard sera bien sûr là, pour raconter à qui le voudra, les histoires de son père, ce héros.

Jacques Benzakoun

Cent ans après, le carnage de Verdun commémoré





Trois cents jours. Plus de trois cent mille soldats français et allemands tués. Et un nom qui, à jamais, aura marqué l'histoire militaire contemporaine. Hier, c'est carrefour de Verdun, où, il y a cinquante ans, était installée une stèle sur laquelle on peut lire « Verdun, carrefour d'histoire (1916-1966) » qu'a été commémoré le centième anniversaire de cette bataille historique. Un lieu éminemment symbolique.




C'est d'ailleurs là, des quatre côtés du carrefour que, depuis plusieurs jours, les Tourangeaux peuvent découvrir huit grandes photos. Là, devant nos yeux, des soldats dans les boyaux de Verdun, des portraits d'hommes sacrifiés, visages fermés. Un hommage rendu à tous ceux qui ne sont pas revenus.






Sous ces images, une phrase de l'auteur solognot Maurice Genevoix : « Ce que nous avons fait, en vérité, c'est plus qu'on ne pouvait demander à des hommes. Et nous l'avons fait. »

Une phrase forte que Serge Babary, maire de Tours, a martelée à son tour, après que le préfet Louis Le Franc a lu le message de Jean-Marie Todeschini, secrétaire d'État chargé des anciens combattants et de la mémoire.




« Chaque famille, chaque commune a fait Verdun », a indiqué le représentant de l'État. Une bataille qui se veut aujourd'hui le symbole de la réconciliation franco-allemande.

Hier, anciens combattants, élus, représentants des autorités civiles et militaires et membres du conseil municipal des jeunes qui ont d'ailleurs lu des extraits d'un journal d'un soldat tourangeau, ont rappelé, par leur présence, que, même cent ans après, le devoir de mémoire restait profondément vivant.